Jour 98 – Les 4000 îles, Don Khon #2

Je ne change rien pour ce deuxième jour ici, grasse mat et je profite du hamac et de la terrasse une grande partie de la matinée. Je me lève pour aller petit-déjeuner chez Fred & Léa, qui devient un peu mon QG pour les repas et les renseignements.

Dans l’après-midi, je pars quand même un peu en excursion pour découvrir le reste de l’île, mais en moto cette fois-ci. Je passe par la pointe nord pour rejoindre les rapides situés de l’autre côté de l’île, le chemin est très très mauvais mais j’arrive à rallier le pont suspendu qui franchit les bras de rivière. Il y a en effet un bras du Mékong qui fait une incursion dans l’île, avec une descente plutôt rapide. La traversée du pont fait un peu Indiana Jones ! De l’autre côté, le bras principal est plus petit que ce que j’ai pu voir hier mais n’en reste pas moins impressionnant. Des enfants pêchent au bord, et des adultes eux pêchent debout sur des rochers au milieu du fleuve.

Je reprends les chemins pour aller à l’extrême sud de l’île. Je me pose en terrasse pour savourer un fruit shake en admirant la vue. De l’autre coté, c’est le Cambodge, il est tellement près que j’ai du mal à imaginer les galères qui m’attendent demain ! Je ne m’attarde pas trop pour rentrer avec le coucher du soleil et re-faire une petite session hamac.

Ce soir, je retourne dîner chez Fred & Léa, histoire de bien tester la carte, et je me joins à Florian (que j’avais rencontré sur la route il y a plusieurs jours) et une amie à lui. Lui hésite à vendre sa moto ici avant d’aller au Cambodge, nous évoquons le fait que je lui rachète et que je vende la mienne à la place. Ça m’aurait permis d’avoir un modèle plus neuf, plus puissant et plus fiable pour la suite, mais finalement nous en resterons là. Ce n’est pas grave, je l’aime quand même bien ma vieille moto ! Enfin si demain elle arrive à passer la frontière avec moi je l’aimerais encore plus.

Voici la suite et fin (normalement) des montages vidéo sur le Laos :
https://youtu.be/Dd5qxMFeJPA
https://youtu.be/oY0KF5si74A
https://youtu.be/nxKa_voYT-g
https://youtu.be/O4M-l9NUpSQ

La sélection des photos du séjour est visible sur la page du Laos, ici : https://carnetdevoyages.xyz/voyages/asie/laos/







Jour 97 – Les 4000 îles, Don Khon

Bon alors je l’avais un peu prévu mais j’ai commencé la journée par ne pas faire grand-chose, à par aller lire en terrasse en prenant mon petit déjeuner… pas violent. Sinon je profite bien du hamac sur la terrasse.

Quand l’après-midi est déjà pas mal avancé je me décide à partir un peu en excursion pour découvrir l’île. Direction les cascades de Somphamit et Li Phi. Je décide de visiter à pied, une petite pause de moto sera pour le mieux. Une fois payé l’escroquerie de droit d’entrée, je découvre la première « cascade ». En fait ce sont des rapides sur le Mékong créés par le passage entre les îles et les différences de niveau incidentes. Le résultat est bluffant ! Toute la furie accumulée du Mékong se déverse en torrent à travers les rochers. En fin de saison des pluies comme maintenant, le Mékong atteint 2m de plus qu’en saison sèche, du coup le courant est vraiment intensifié. Je comprends aussi pourquoi la région s’appelle « les 4000 îles ». En regardant la carte je me disais qu’il n’y en avait pas autant, mais en réalité les différents bras du Mékong sont plein de petits îlots, et encore on n’en voit qu’une partie avec le niveau d’eau actuel ! Une sorte de piscine naturelle est aménagée dans un petit bras du Mékong, avec des barrières et un muret. Je rejoins pour faire trempette deux buffles qui ont l’air de bien apprécier la baignade, effectivement l’eau et très bonne, mais heureusement j’ai pied vu le courant.

Je continue la visite de la pointe est en allant vers une des plages de l’île. Elle est quasi-déserte à cette heure-là mais j’ai une belle vue et je vois des pécheurs manœuvrer avec le courant pour partir ou rentrer de la pêche. Le chemin pour rentrer vers la partie touristique de l’île, là où les hôtels et guesthouses s’entassent, est bordé de rizières bien vertes, avec une très belle lumière offerte par le soleil couchant. Je me pose en terrasse pour profiter de la vue avec une bière fraîche, avant d’aller manger, plus tôt qu’hier cette fois ci !

Je m’arrête au restaurant « chez Fred et Léa », un établissement franco-laotien assez renommé sur l’île, et sur les blogs de voyageurs. Le patron est super sympa, et la nourriture excellentissime ! Je me régale tellement que je réserve le petit déjeuner de demain direct. Les prix sur l’île sont de toute façon supérieurs alors autant bien manger. En fin de repas, Fred m’offre un petit verre de Lao Lao, le digestif local mais qu’il a un peu arrangé, et qui du coup devient bon. Le Lao Lao est un alcool de riz gluant fermenté, facile à faire ici forcément mais vraiment très fort ! Autour de ce verre je peux avoir une discussion qui m’en apprend un peu plus sur le Laos, et me permet aussi de poser des questions. Je me suis fait une opinion par rapport à mon vécu de ces dernières semaines, mais c’est bien de pouvoir comparer avec la vision de quelqu’un de plus implanté. Par contre, il me dit que la traversée de la frontière vers le Cambodge en moto ne serait pas possible, ou très difficile. En même temps il s’agit d’une des frontières les plus corrompues au monde, et ce même sans véhicule. Les récits sur les blogs sont rocambolesques sur ce passage. Mais cela remet tous mes plans en question, je vais le tenter mais si ça ne passe pas je vais sérieusement devoir réfléchir à mes options. De toute façon, il sera impossible d’avoir la réponse avant d’essayer samedi, je croise les doigts !

Si tout se passe bien, c’était donc mon avant dernier jour au Laos, et j’ai forcément pas mal réfléchi au bilan de ce séjour ici. Ma discussion de ce soir avec Fred m’a parfois conforté dans mon avis, et m’a parfois donné un éclairage différent. J’ai aimé le Laos pour ses paysages, et son environnement, mais je l’ai profondément détesté pour ses habitants et la façon d’aborder le tourisme, deux éléments qui ne donnent pas envie de revenir pour le moment, et qui m’ont donné plus d’une fois l’envie de partir plus tôt. Le problème principal est la relation avec les locaux qui est très compliquée, pas ou très peu de personnes parlent une langue commune (français ou anglais), et la nonchalance, voir le je m’en foutisme semble cultivé de manière assez industrielle par les locaux. Et ce même de la part de gens qui travaillent dans des métiers de services comme la restauration ou l’hôtellerie. Clairement, tout le monde te fait bien comprendre que tu es le cadet de leur souci. Par contre, on voit bien en toi un joli billet de banque, j’en ai parlé plusieurs fois dans mes posts, mais tout est prétexte pour faire payer les étrangers. Une grotte par ci, une cascade par-là, une surtaxe sur le transport, hop j’ai doublé le prix de l’eau, la nourriture, etc. J’en arrive à une part de quasiment 38% de mon budget uniquement pour la nourriture avec ces surfacturations. Fred m’informe quand même que malgré l’agriculture et l’élevage présents, une grosse partie des denrées est importée de Thaïlande. Bien évidemment je peux nuancer ça car j’ai eu quelques rencontres avec des Laotiens profondément sympathiques et généreux. Mais la plupart de mes rencontres vraiment intéressantes et sincères étaient avec des français ou des européens, et même dans le cas de Inpong il y a quelques jours, il est finalement plus français que laotien.

Le regard de Fred durant la discussion de ce soir était intéressant. Il m’a expliqué qu’au Laos il y avait une classe très riche et que cette dernière l’était devenue très rapidement, en moins de 10 ans. La classe très pauvre elle n’aspire qu’à rejoindre la très riche et pour ça tous les moyens sont bons. L’autre trait de caractère prédominant est que les gens ne voient pas dans le futur, ils ne vivent qu’au jour le jour. S’ils peuvent gagner plus d’argent aujourd’hui c’est bien, même au détriment des touristes. Mais ils ne se rendent pas compte que s’ils le font tout le temps et à tous les niveaux (du repas, au transport, en passant par les entrées de site), les touristes ne viendront plus et il se retrouveront sans rien. Cela se vérifie d’ailleurs aux 4000 îles où certains sites ne sont plus visités, mais en compensation ils augmentent les prix pour ceux qui y vont encore pour ne pas gagner moins, c’est leur objectif, toujours gagner plus. C’est assez contradictoire dans un pays au régime communiste (enfin à la base car on est en très loin maintenant il semblerait). Le fait que les routes ne soient pas entretenues a la même explication, ils attendent toujours que quelqu’un d’autre paye et le fasse, sans se poser la question du temps que ça prendra et des conditions de circulation. Aussi, pour les biens communs, les budgets publics sont systématiquement amputés par la corruption à tous les niveaux, ou comme dirait Inpong par les droits de facilitation, mais en tout cas ça ne laisse que peu de moyen à la sortie. A un niveau plus large, et de façon plus grave, les différentes élites sont en train de vendre petit bout par petit bout le pays entier, à la Chine principalement, mais la Thaïlande et le Vietnam prennent un bout du gâteau aussi. Demain quand les Laotiens se réveilleront, il n’y aura plus que des chinois qui vivent ici, et des touristes chinois qui profitent des ressorts chinois, et les Laotiens eux n’auront que leurs yeux pour pleurer. Il n’y a qu’à espérer que ce scénario ne se réalise pas en entier, même s’il a déjà commencé. Le nouveau projet annoncé est pour les 4000 îles, et s’il se fait, la région comme on l’a connue est vouée à disparaître sous les ponts, le bétonnage de chemins et les gros ressorts privés. Bref espérons que le scénario catastrophe n’en arrive pas là !

Après toute cette réflexion et la bonne discussion que j’ai eu, je retourne me poser sur ma terrasse. Je remarque sur le Mékong des petites flammes flottantes, c’est assez joli à regarder. Les familles commencent à passer devant moi pour aller déposer dans l’eau des sortes de petit bateau en feuille de bananiers avec des bougies et quelques offrandes dedans. Je ne sais pas si c’est en l’honneur d’un événement spécial ou si c’est régulier, mais en tout cas c’est assez poétique.

Aujourd’hui, j’ai quand même profité de mon hamac pour commencer à rattraper mon retard sur le montage des vidéos, en voici quelques unes :










Jour 96 – De Paksé aux 4000 îles, en passant par le Vat Phou

Fait assez rare pour être noté, j’ouvre les yeux bien avant que mon réveil sonne et je suis sur le pont à 6h15 du matin. Finalement c’est parfait vu la journée que je me suis programmée ! Une fois le paquetage chargé et le petit déjeuner englouti, je prends la direction de Champassak, et de son mythique temple classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, le Vat Phou. J’ai droit à ma petite panne du jour sur la route mais c’est presque anecdotique maintenant, ça ne m’empêche pas d’arriver sur les lieux bien avant le gros des touristes. Je suis quasiment seul, c’est parfait ! Ce temple et la ville historique de Champassak sont le berceau de la civilisation khmers. Cette visite est pour moi un bon prélude à la visite des oh combien fameux temples d’Angkor, et une première approche de cette culture à cheval entre bouddhisme et hindouisme. Pour ce qui est du Vat Phou, l’atmosphère est pleine de quiétude, tout est très vert et c’est plutôt reposant. Le temple est quand même à l’état de ruines mais certains bâtiments ont été renforcés pour ne pas tomber. Le sanctuaire est accessible après l’ascension d’escaliers en pierre avec des marches aux dimensions extravagantes, le tout entouré par des allées de frangipaniers. Un petit musée est accessible au centre des visiteurs pour je pense apporter un éclairage sur le contexte de l’époque de conception du lieu. En vrai, je n’ai pas vraiment saisi le propos de ce musée que je n’ai pas trouvé très bien fait, il y avait des panneaux avec du texte à n’en plus finir, mais rien de vraiment très visuel ou concret, mais ce n’est bien sûr que mon avis !

Je me dirige ensuite vers les 4000 îles mais pour cela il faut passer de l’autre côté du Mékong pour rejoindre la route principale (la route 13 qui traverse le pays de Vientiane à la frontière Cambodgienne). Or le pont le plus proche se situe à Paksé, et m’obligerait à faire un détour de 90 kilomètres. J’ai recherché longtemps, et à force de fouiller les blogs et les cartes j’ai trouvé un passage supposé par ferry pour traverser le fleuve. Je me rends à l’endroit indiqué, et bingo ce système existe bien. Bon par contre nous n’avons clairement pas la même notion du ferry. L’embarquement est assez sportif après une descente dans le sable puis un jeu d’équilibre sur une planche, tout ça pour arriver sur une mini-plateforme fixée sur deux barques. Je suis seul pour la traversée mais on ne peut mettre guère plus que deux motos vu l’espace ! La descente n’est pas moins sportive mais me voilà de l’autre coté, et je pense avoir gagner pas mal de temps. Enfin jusqu’à ce que j’attaque le chemin pour rejoindre la route 13. Selon la carte, 6 kilomètres de route, en vrai un chemin ultra boueux, pas large et plein de trous, de rivières à traverser et un bon gros moment de galère pour avancer ! Je me pose quand même la question de comment font les gens ? Eux vivent là à l’année et cette route est leur seul accès. Si les pouvoirs publics ne font rien, pourquoi les habitants ne s’organisent pas pour améliorer leurs conditions de circulation ? Ça reste un mystère pour moi, et ce n’était pas la première et ça ne sera pas la dernière fois que je me pose cette question au vu de l’état global des routes et chemins du pays.

Après une centaine de kilomètres sur la route 13 (en étant un peu accompagné par mon amie la pluie) j’arrive au village de Nadasang. Ici se situe l’embarcadère pour rejoindre les îles de Don Det et Don Khon, les 2ème et 3ème île habitées de cette zone des 4000 îles. J’embarque sur un « ferry » (même principe que précédemment, mais en plus grand et plus solide quand même) pour rejoindre le nord de Don Det. Je prends les chemins (toujours en très mauvais état) pour rejoindre l’île de Don Khon. Le long du chemin, il y a plein de guesthouses, de restaurants et de bars. C’est l’île de la fête et des soirées, avec quand même la modération de l’Etat qui a mis son grain de sel pour empêcher les dérives tel que Vang Vieng a pu connaitre, tant mieux ! Mon objectif est de me rendre sur Don Khon qui est réputée plus calme, et où se situent les principaux points d’intérêt. Pour passer entre les deux îles, le vieux pont ferroviaire construit du temps des français a été transformé en route, et offre une magnifique vue sur le bras de Mékong entre les deux îles. Je m’installe dans la guesthouse repérée dans le guide pour 3 nuits, ce sera un peu le lieu de mes vacances. J’ai une grande chambre, une terrasse et un hamac, le tout avec vu sur le Mékong, juste parfait !

Le coucher de soleil vu depuis le pont est l’attraction phare de cette île. Ce sera un échec ce soir car un énorme orage se prépare. Le soleil est caché depuis un bon moment derrière les nuages, mais la vue et la lumière sont quand même belles. Je ne m’attarde pas mais je n‘ai pas le temps de rentrer avant que l’orage éclate, et je me retrouve complètement trempé, sur la route de plus en plus boueuse ! Les éclairs sont tellement proches et forts qu’ils permettent de voir par flash le fleuve. Je laisse passer l’orage avant d’aller manger, mais apparemment j’attends trop longtemps, ou alors il n’y a vraiment pas foule en cette saison. A 20h30 quasiment tous les restaurants sont fermés ou en train de fermer. Du coup je me pose dans le premier endroit qui m’accepte encore à cette heure ! Je m’organiserai mieux demain !









Jour 95 – Paksé, le plateau des Bolovens

Journée tranquille, je me mets juste au programme la visite des cascades les plus proches de Paksé. Ces dernières font partie d’une loop qui peut se faire sur 2 ou 4 jours en fonction de l’itinéraire choisi. Mais cette loop a la réputation de paraître un peu fade si l’on a fait avant celle de Thakhek. Effectivement, si l’on s’en tient à la vue depuis la route il n’y a pas photo. Une route pleine de nids de poule (voir d’éléphants !), un paysage assez urbanisé, beaucoup de circulation aussi. La route d’accès au plateau monte très doucement, ce qui fait que on ne s’en rend pas trop compte mais au fur et à mesure de l’ascension, je sens la température baisser et je vois les nuages s’accrocher aux formations rocheuses. Le temps n’est pas au beau fixe depuis hier et la pluie est bien sûr de la partie sur ce trajet.

Je commence par la cascade principale, celle de Tad Fane. L’entrée est chère (plus que prévu), premier mauvais point. La vue n’est accessible que depuis une terrasse  qui a envahi les lieux. La double chute d’eau de 120 mètres de haut n’en est pas moins impressionnante, même si on la voit d’assez loin. Un chemin est sensé pouvoir permettre de s’approcher, mais il est déconseillé sans guide. Je passe mon tour sur la marche, et je fais bien car j’apprendrai plus tard qu’un touriste téméraire est décédé en tentant l’approche, ça fait un peu froid dans le dos. Le seul moyen d’approcher les chutes est de le faire par la tyrolienne gigantesque qui a été installée. C’est drôle de voir la queue des touristes tous équipés de leurs perches à selfies prêt à s’élancer dans le vide !

Je me rends ensuite à la cascade Tham Champy qui est toute proche, mais à laquelle on accède par un chemin de terre très, mais vraiment très glissant ! L’arrière de la moto chasse plus d’une fois et la progression est difficile. Mais je me console en admirant les champs de café que je traverse pour accéder au lieu. A l’arrivée, je suis accueilli par une gentille dame qui me tend les billets d’entrée, un pour la cascade et un pour le parking. Bien sûr le prix est toujours supérieur à ce qui est annoncé, mais cette fois je refuse de payer la totalité. Je lui fais comprendre que certe elle fait son travail, mais si les gérants du lieu tiennent vraiment à faire payer ce prix-là il va falloir qu’ils refassent le chemin d’accès, quand je paie, je préfère avoir le service qui va avec. Elle n’insiste pas et me laisse descendre vers la cascade librement. Le chemin pour descendre n’est pas guère mieux et je manque de manger la terre plus d’une fois. J’arrive quand même sur mes deux jambes au bord de la rivière, pour voir une très jolie cascade, certes, mais pas non plus si impressionnante. La baignade aurait été possible et même intéressante, mais la température de l’eau et la température extérieure ne me donne pas très envie.

Je me dirige vers la 3ème cascade de la zone, celle de Tad Yuang. L’entrée est encore plus chère que prévue, mais la zone est bien aménagée, et très tranquille. Je suis quasiment seul quand j’arrive. Il y a d’abord une petite promenade aménagée le long des deux bras de la rivière, le coin est vraiment paisible. Ensuite les deux bras de rivière forment chacun une cascade de 40 mètres de haut et reforment le cours d’eau qui deviendra la chute sud de Tad Fane. Pour accéder à la vue, on passe par un escalier plutôt raide, avec en cours de route une petite contorsion sous une liane qui me semble très âgée vu son diamètre. Des trois chutes d’eau vues, celle-ci est vraiment ma préférée, très naturelle, on peut en être proche, tellement proche qu’on est très vite mouillé par les projections d’eau. Une petite terrasse en bois avec un banc est installée pour bien admirer de la vue. Je profite du lieu pour faire la pause déjeuner, et c’est l’occasion (il est n’est jamais trop tard) de goûter un légume que je ne connaissais pas, la chayote. Le plat qui est préparé avec du riz et de l’œuf est un vrai régal !

Etant bien installé sur la terrasse et la grande table où je suis, j’en profite pour faire une pause lecture, quand je suis abordé par un vieil homme, qui s’avère être le propriétaire des lieux. Il a repéré que j’étais français avec mon guide du routard qui traînait sur la table. Justement, le guide dédie un long paragraphe à ce personnage haut en couleur, je ne m’attendais pas à le croiser mais il m’aura occupé une bonne partie de l’après-midi. Il parle un français parfait car il est en fait ressortissant Laotien de nationalité Française, il tient même à me montrer sa carte d’identité. Il a grandi au Laos mais est parti en France pour ses études et pour travailler. Il était gestionnaire comptable. Il a maintenant 76 ans et est en retraite, il a obtenu la cession de l’exploitation de ce lieu et s’en fait une mission. En fait, même s’il est né sur le sol Laotien il avait besoin de visa pour venir ici, mais depuis ses 65 ans, il en est exempté grâce à un accord bilatéral entre la France et le Laos. Il est donc revenu vivre au Laos 9 mois par an pour suivre ce projet, mais reste attaché au Berry, sa région française de villégiature et d’adoption. Son surnom ici est le berrichon du Mékong ! Je passe plus de 2 heures avec lui, il est un vrai livre d’histoire, il a connu tellement de périodes de l’histoire du pays, sachant qu’il est né en 1941. Difficile de résumer une aussi longue conversation mais je prends un vrai plaisir à échanger avec lui. Il tient aussi à me faire déguster les digestifs maison qu’il prépare, et qui sont il est vrai plutôt bons. Je l’arrête avant qu’il me fasse resservir car j’ai quand même le retour à assurer ! Ce repas est aussi l’occasion de goûter le café local, qui est je trouve très bon. Inpong (de son prénom) possède en plus de l’exploitation de la cascade, des restaurants et des échoppes, mais aussi 20 hectares de plantation de café dans les alentours. Un vrai businessman, pour quelqu’un qui est censé être à la retraite. Il m’explique toute l’ambition qu’il a pour cet endroit, une chose est sûre il voit loin. Il est content que la route soit en réfection car ça facilitera l’accès à cet endroit. Il m’explique qu’il est en train de faire construire des chambres d’hôtes, et que dès qu’elles sont prêtes il dort dans chacune d’elle pour être sûr que tout est parfait. Il contrôle tout et fait attention aux moindres détails. Ce qui est particulièrement intéressant c’est qu’il est totalement dans une démarche écologique et éco-responsable. Les repas servis sont bio, il fait attention à la rémunération de ceux qui travaillent pour lui, fait attention au traitement des déchets, à l’intégration des bâtiments dans la nature. Il se refuse à ce que son complexe soit une verrue et fait tout pour rendre les bâtiments chaleureux et naturels dans l’environnement. Pour la partie électricité, il a lancé un chantier de panneau solaire pour équiper certains toits. Comme je l’ai dit, il voit très loin !

Un de ses derniers projets est d’ouvrir une Boulangerie-Pâtisserie à la française directement sur place. Pour se faire, il a réussi à convaincre un jeune homme (du Berry bien entendu) tout juste sorti de l’école de s’embarquer dans cette aventure avec lui. Tanguy, seulement 22 ans est donc venu s’installer ici seul pour se lancer dans ce projet fou. Je le croise pendant que j’échange avec Inpong, et j’ai la primeur de goûter une création de tuile pâtissière, que je trouve personnellement très bonne ! Son laboratoire et le stand de vente ne sont pas encore finis de construire mais il est déjà au travail. Ils essaient aussi tous les deux de trouver des solutions de conservation pour que les viennoiseries gardent bien leur croustillant, comme chez nous quoi ! C’est assez amusant de regarder ces deux hommes que deux générations séparent être animés par la même motivation autour de ce projet.

Le temps se fait de plus en plus maussade et je prends congé après avoir chaleureusement remercié Inpong, et je repars sur la route qui est toujours autant en mauvais état. Je dois même dire que c’est la première fois que j’ai aussi froid au Laos, voir depuis un moment. Il y a 15° de moins que les températures moyennes, aglagla ! Je me dépêche de rentrer car la pluie bien sûr m’accompagne encore. Après une bonne pause à l’hôtel, je retrouve pour ce qui devient presque une habitude, Julie-Anne & Manu pour dîner. C’est sympa de se raconter mutuellement les aventures de la journée !







Jour 94 – De Savannakhet à Paksé

La route n’est pas plus intéressante que ça, les paysages sont sympas mais c’est la grande route principale, ça roule bien et c’est déjà pas mal. Comme moment remarquable on a un arrêt essence où je m’octroie une petite pause. La station est déserte et je suis un peu l’animation pour les 3 jeunes gens qui tiennent le lieu. On papote un peu car ils parlent quelques mots d’anglais. Une des filles du groupe tiens à me faire goûter un petit en cas qu’ils se sont préparés. Une sorte de guacamole, en tout cas ça y ressemble, qu’ils mangent avec un légume inconnu au bataillon (pour moi en tout cas). Bon le légume cru j’ai déjà du mal, mais la sauce archi salée (au gros sel) avec une bonne dose de piment, je manque de m’étouffer et ça les fait bien rire ! Comme les pannes de ma moto ne sont presque plus un événement, évidemment il y en a eu une petite sur ce trajet. Lors de cet arrêt je constate une fuite d’huile cette fois. Le garçon du groupe me fait un signe « not good »… Je reprends la route et m’arrête dans le village la plus proche pour réparer tout ça. Le jeune qui prend la moto en charge met du cœur à l’ouvrage pour tout nettoyer et réparer au mieux. Ma petite pause garage m’évite aussi une énorme averse, tant mieux !

Me revoilà parti pour un tour, quand la pluie revient dans la partie, 30 kilomètres de pluie battante, sympa ! Du coup la température baisse sacrément aussi, 10° de moins en quelques minutes (info pas forcément utile mais j’avais ma montre / ordi de plongée au bras). Une fois sorti de la zone je m’arrête un moment pour vider l’eau de mes chaussures avant de continuer. A l’approche de Paksé, la pluie décide de revenir et de ne plus me lâcher cette fois ci. Je me rends directement à l’auberge repérée et par chance ils ont de la place ! Je n’aurai pas à tourner dans la ville et à moi la douche chaude et les vêtements secs ! Je profite de ma fin d’après-midi pour ne rien faire, c’est bien aussi de ne rien faire… Enfin si, je passe un long moment au téléphone pour régler mes problèmes de banque.

Nouvelle mission pour la moto, à force de passer par des chemins cahoteux, des points de soudure de mon rack à bagages ont lâchés, je tente de trouver un endroit où réparer ça. Au cours de mes différents arrêt pour demander, je croise complétement par hasard Florian, le 4ème français rencontré à Thaleg autour du barbecue il y a quelques jours. Lui est arrivé aujourd’hui, et peut-être que nous nous recroiserons au Cambodge, c’est drôle comme coïncidence. Là-dessus, un autre français croisé à l’hôtel passe, lui parle laotien et m’explique où je vais trouver l’endroit qu’il me faut ! C’est une sorte d’atelier de métallurgie, j’arrive au moment où les ouvriers commencent à fermer, mais ils acceptent la mission. Ça a même l’air de beaucoup les amuser, ils se mettent à 3 pour le faire ! Ils me solidifient tout ça en deux temps trois mouvements, ça devrait aller mieux. Au moment de partir, je leur demande combien ça coûte, et là ils ont refusé que je paie, une première au Laos d’avoir des gens qui rendent des services gratuits ! Ça me touche beaucoup sachant qu’ils ont fait ça super bien (et que c’est la première fois), on se serre tous la main et je les laisse tranquilles. Finalement, cette moto me fait un bon argument pour aller à la rencontre des locaux, heureusement que tout ne marche pas toujours bien !

Julie-Anne & Manu sont aussi arrivés à Paksé aujourd’hui, mais eux c’est leur dernière étape de vacances. Ils sont dans un hôtel pas loin du mien, mais le leur a un bar / restaurant sur le toit ! Je vais les rejoindre pour dîner et en profiter moi aussi.




Jour 93 – De Thakhek à Savannakhet

J’ai rajouté l’étape à Savannakhet car me rendre à Paksé en un seul trajet aurait fait une très longue journée de moto, là ça me coupe un peu le trajet. Pour éviter la route principale blindée de camions, je trouve sur la carte une route alternative qui traverse plein de village et longe le Mékong. La route n’est pas si mauvaise, à part quelques portions, et c’est un vrai plaisir d’observer la vie et les paysages qui la bordent. Le Mékong en premier lieu, toujours impressionnant, avec la Thaïlande qui est visible sur l’autre rive. Mais aussi toujours les fameuses rizières. En avançant, je note par contre une variation dans les arbres avec le retour des palmiers que je n’avais pas vus depuis un moment. Aussi, je découvre des champs de maïs, je n’en avais encore pas vu au Laos. On sent que les touristes ne passent pas beaucoup par ici, les panneaux ne sont même pas en écriture latine. En résumé, ça aura été trois bonnes heures de trajet, mais que du plaisir pour la conduite et pour les yeux !

A l’arrivée dans Savannakhet, je passe sous le pont de l’amitié qui relie le Laos à la Thaïlande. Les rues sont animées et je découvre sur le Mékong les fameuses courses de pirogues avec 50 rameurs par embarcation ! Avec autant de bras, ils avancent plutôt vite ! Je me mets en recherche d’un hôtel pour ce soir, dans la ville pas de dortoir donc j’aurai ma chambre, ce qui parfois est bien ! J’ai pris le parti de ne plus réserver en avance et de voir sur place, nous sommes hors saison et ça me permet de renégocier les prix. Je pars ensuite à la visite de la ville qui est très très calme en ce dimanche. Exceptée la promenade le long du Mékong qui est envahie par des stands divers et variés. Il y a même des autos-tamponneuses et un train pour les tout-petits d’installés. Tout ceci est là pour le festival des pirogues je pense.

Les points d’intérêts en centre-ville ne sont pas très nombreux, je commence par le Wat Sayaphoum. L’atmosphère y est très paisible, je m’y promène un peu et visite les temples. Un des bâtiments est décoré avec de la mosaïque en miroir bleu, l’effet est vraiment saisissant. L’atmosphère y est tellement tranquille que je m’installe sur un banc à l’ombre pour lire. De jeunes moines en profitent pour venir un peu me parler en anglais, mais c’est dommage car la conversation de prendra pas vraiment, ils ne le parlent pas très bien. Je me dirige ensuite vers le vieux quartier colonial et l’église Sainte-Thérèse qui trône au milieu de la place du quartier. La ville a été fondée par les français, d’où la présence de cette église, mais c’est la communauté Vietnamienne qui la fréquente maintenant a priori. Certaines vieilles maisons coloniales sont dans leur jus, d’autres ont été un petit peu restaurées, en tout cas elles ne sont pas dénuées de charme. Au détour d’un rue, je surprends un bâtiment aménagé en boulodrome. Les vieux du quartier sont là en train de siffler des bières tout en titillant le cochonnet, un sacrément vieil héritage du protectorat français.

Je passe ma fin d’après-midi confortablement installé sur la terrasse devant ma chambre, avant d’aller retrouver ce soir Julie-Anne & Manu, qui eux aussi sont arrivés en ville, mais un peu plus tard. Suite à mes galères de distributeurs d’hier, ils m’ont gentiment proposé un échange retrait / virement pour que j’ai assez de liquidités pour la fin de mon séjour au Laos, et aussi en attendant de débloquer la situation avec ma banque.

Jour 92 – De Thalang à Thakhek

Je quitte les montagnes et le lac avec ses arbres morts. Avec du soleil c’est vraiment saisissant de beauté, je pense qu’avec de la brume par contre, ce paysage serait digne d’un film d’horreur ! La descente après la ville de Thalang me fait prendre conscience que le lac est vraiment en altitude, et je découvre que la centrale hydro-électrique, elle, se situe dans la vallée en dessous, bizarre. Pendant la descente, je m’octroie un arrêt photo sur la jungle qui se découvre à flanc de montagne, et en repartant de ma pause, premier échec de la journée, la moto déraille. Je ne pensais même pas que c’était possible ! Un 4×4 passe, je lui fais signe, il s’arrête, ouf ! Très gentil, le conducteur prend ses outils et en moins de deux il me remet ça nickel en place ! Je reprends ma descente vers la vallée, quand devant la centrale électrique, je m’offre une autre pause et je rencontre un français qui m’aborde. Il s’appelle Jean et bosse pour la compagnie d’électricité laotienne. Il fait partie des quelques français à travailler dans les équipes. Il m’apprend qu’à l’origine l’équipe était 100% française puisque la construction de ce barrage a été supervisée par EDF. Il m’apprend aussi que toute la production est expédiée vers la Thaïlande et le Vietnam, pas un seul Watt ne reste dans le pays ! Je voulais jeter un œil au Visitor Center pour en apprendre un peu plus mais je trouve porte close.

Je me rends à ma seconde étape de la journée, le village de Mahaxay (parce qu’il a 2 bonhommes dans le routard quand même !). Sur la route, je me fais doubler par Manu & Julie-Anne, le couple de français avec qui j’ai dîné à l’hôtel hier soir. Nous avons prévu de nous retrouver à Thakhek ce soir. Le village est mignon et paisible le long de la rivière Xe Bangfai. On a une jolie vue sur les massifs karstiques qui ont fait leur grand retour après la descente du plateau de Nakai. Je continue la route pour attaquer les visites de grottes à proximité de Thakhek. Première visite, premier échec, au bout de 10 mètres la piste devient impraticable et je ne tiens pas à renouveler mon exploit d’hier. Je fais demi-tour pour me rendre finalement à la grotte Tham Nang Aen que j’avais enlevée de l’itinéraire car trop chère à mon goût, mais bon on verra. Je retrouve là Manu & Julie-Anne qui sortent de la visite. La grotte est entièrement aménagée, ce qui fait qu’elle est facilement accessible. On l’appelle entre nous la grotte Disneyland car les éclairages mis en place sont complètement fous et c’est un vrai parcours ludique à l’intérieur ! Je ne regrette pas d’avoir changé d’avis.

Je m’arrête déjeuner dans une gargote le long de la route tandis que Manu & Julie-Anne eux tracent à Thakhek. Il y a deux autres endroits que je souhaite voir. Je continue pour me rendre dans une piscine naturelle, Tha Falang. La piste ne commence pas trop mal mais au bout de 100m, je suis obligé de rebrousser chemin pour les mêmes raisons qu’auparavant. Cette journée commence à prendre une mauvaise tournure pour les visites ! Je ne me laisse pas abattre et je reprends la route, par un chemin de terre en meilleur état que décrit dans les blogs pour aller jusqu’à la Paseum Cave et son lac couleur azur. J’arrive sans encombre jusqu’au parking adjacent mais après, je tourne dans tous les chemins pendant 20 minutes, le seul panneau à l’entrée ne m’aide pas trop pour la direction. Impossible de trouver une piste accessible jusqu’au pont décrit. Je dois abandonner aussi.

Et c’est là que la journée a pris un très mauvais tournant, la moto re-fait des siennes, impossible de garder le moteur en marche et de passer les vitesses… Au bout de quelques minutes j’arrive à avancer uniquement en première puis petit à petit toutes les fonctions reviennent. Je ne suis pas rassuré ni très confiant mais je me dépêche de rouler vers Thakhek. J’arrive à mon hôtel du jour qui tente de me faire payer plus que le prix, sympa l’accueil ! Surtout quand on voit la qualité des dortoirs… bref je ne m’attarderai pas sur ce point !

Je me débarrasse de mon sac et je me mets en recherche d’un garage pour essayer de comprendre ce qui a pu se passer, et je dois aussi faire la vidange avant de repartir demain. Le premier où je m’arrête ne comprend rien à ce que je demande, puis m’expédie ailleurs, sympa. Le deuxième semble plus sérieux mais très occupé ! Un allemand (pour l’image : grand, blond, mince, 45 ans, et pied nu dans un garage, oui oui) est là car le mécanicien travaille sur l’upgrade de sa moto. Il s’intéresse à mon problème mais me dit que ce garage n’aura pas le temps aujourd’hui et que demain c’est fermé. Du coup, il me propose de le suivre pour m’accompagner dans un autre garage, un sérieux et compétant bien entendu ! En premier lieu, on passe chez lui car il veut emmener dans l’aventure sa femme laotienne pour qu’elle m’aide pour la traduction, son laotien n’étant pas assez bon selon lui. Chez lui, j’attends quelques minutes le temps que sa femme soit prête. Sur la terrasse en train de boire un verre il y a 3 hommes, le père de sa femme, un ami de ce dernier et un moine (ça fait un peu début de blague). L’allemand (je ne saurai jamais son nom au final) m’informe que ce moine en train de siroter une boisson énergétique posée là comme ça, est en fait le moine le plus haut placé de la région, le chef des moines en quelque sorte ! C’est complètement improbable comme scène. Nous voilà repartis, le couple Germano-Laotien (qui pour une fois est bien assorti car j’estime qu’ilsont tous les deux le même âge) en pick-up, et moi qui les suis en moto. Nous arrivons dans un garage recommandé par le père (celui qui était sur la terrasse vous suivez ?). C’est le moment où je ne pourrais jamais assez remercier cette laotienne qui a pris du temps pour moi, elle traduit toute mes explications au mécanicien, surtout l’historique que j’ai eu avec la moto, bon au passage elle me glisse un « il est alcoolique mais c’est le meilleur », charmant non ? Le mécano semble comprendre et en moins de deux il a trouvé la source du problème, la chaîne à l’intérieur du moteur. La laotienne me négocie le prix, le mécano annonce 1 heure de réparation, tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes. Je remercie chaleureusement le couple qui m’a aidé, puis laisse le mécanicien au travail.

Je me mets de mon côté en recherche d’un distributeur car je suis à cours de Kips. J’aurais déjà dû comprendre que cette journée ne me faisait pas de cadeau mais elle en remet une couche. En gros, après plus de 6km parcourus à pied, et 10 distributeurs essayés, ma carte ne passe nulle part, ou bien les distributeurs sont HS. Bien sûr nous sommes samedi soir, toutes les banques sont fermées. Je me retrouve dans la panade sans argent pour payer le mécano pour la réparation. J’essaie de trouver un endroit où payer par carte contre du liquide, mais ici aucun magasin n’est équipé d’un terminal de carte bancaire. J’appelle ma banque qui me dit que non il n’y a pas de blocage de leur côté, c’est incompréhensible et je n’ai pas de solution, et j’ai aussi accessoirement 30 minutes de retard pour la récupération de la moto. Je tente un coup de poker en proposant de payer la réparation en Bhat (la monnaie thaïlandaise), il accepte. Bien sûr je n’ai pas les billets qu’il faut, du coup je dois lui demander de me rendre le trop-perçu en kips. La séance de négociation avec cet homme vêtu d’une serviette de bain (car comme j’étais en retard il était parti sous la douche) et de ses filles qui parlent seulement deux mots d’anglais restera mythique. On s’en sort, tout le monde et content, j’ai réussi à récupérer un peu de kips pour tenir 24h de plus, et la moto ronronne comme jamais je ne l’ai entendu ! Je rejoins Manu & Julie-Anne sur les bords du Mékong pour partager une bière bien méritée et un bon repas, avant de retourner dans mon hôtel miteux pour la nuit. Demain est un autre jour, et j’espère qu’il sera plus conciliant avec moi ! (et j’espère que ma CB aussi le sera, même si le message de ma banque reçu ce soir me fait douter). La suite au prochain épisode…








Jour 91 – De Kong Lor à Thalang

Après le meilleur petit déjeuner jamais eu depuis mon arrivée au Laos, je me dirige vers l’entrée de la fameuse grotte. Les dimensions sur le papier sont déjà impressionnantes, une rivière souterraine qui traverse une cavité de 7km de long, avec des hauteurs et largeurs avoisinant les 100m dans certaines salles. La visite se fait donc en bateau, manque de bol je suis seul à mon arrivée, je dois donc payer seul l’intégralité du bateau (aie…). Vous connaissez l’histoire du mec qui va voir une grotte de 7km sans sa lampe ? AH AH…. Bref on m’en a prêté une petite à l’entrée… Car une fois parti à l’intérieur, c’est noir, noir ! Mais assez mystique, avec juste les faisceaux de lampe. La conduite du bateau en quasi aveugle m’impressionne, les salles et structures de la grotte que je devine aussi ! A mi-parcours, un chemin est aménagé et éclairé pour découvrir quelques belles pièces de stalactite et stalagmite. Une fois de l’autre côté, je débarque dans un petit village touristique, pas d’un grand intérêt, si ce n’est le petit chat roux avec qui je passe les 15 minutes de pause avant de repartir dans l’autre sens. Ça fait bien marrer la propriétaire du café / boutique de souvenir qui travaille sur son métier à tisser (comme ça au milieu des bois, normal). Puis nous faisons le voyage retour d’une traite. Une visite de grotte vraiment impressionnante, et un lieu assez unique je pense.

Je repasse prendre mes affaires et la moto et je reprends la route, la matinée est déjà bien avancée. Si je ne veux pas arriver trop tard et profiter de la journée, je n’ai pas le temps de visiter la cascade ratée hier, décidément ! Je continue donc la boucle, puis je m’arrête pour déjeuner dans le village de Ban Thabak pour voir la vue depuis le pont qui traverse la rivière Nam Theun, mais surtout pour voir la petite attraction du village. En effet, ici, certains pêcheurs ont pour bateau des demi-missiles américains. Ils ont simplement coupé en deux une ogive pour en faire deux coques de bateaux. Ça devient maintenant un business pour trimballer les touristes sur la rivière. Je continue mon chemin vers l’étape suivante, les cool spring. A priori c’est mieux de s’y rendre le matin pour la quiétude, mais c’est raté l’après-midi est déjà entamé.

Le chemin est en terre, assez bon au premier abord puis à la sortie du village terriblement boueux. Je parviens à avancer malgré les flaques d’eau et de boues, jusqu’au moment où j’ai clairement sous estimé la profondeur. Je m’enlise dans la boue jusqu’aux genoux. Impossible ni d’avancer ni de reculer… Je suis complétement bloqué et le moteur cale plusieurs jusqu’à ce moment où je n’arrive pas à le redémarrer. Un scooter passe au loin, je tente de lui faire un signe et de l’appeler, sans succès il répond seulement à mon « bonjour ». La moto est tellement enfoncée qu’elle tient debout tout seule, la boue aspire même mes sandales au fond. Je parviens à les récupérer (avec 4kg de boue chacune) et pied nu je reviens au village pour aller chercher de l’aide. Deux jeunes hommes acceptent de me suivre et comprennent vite le problème, parce qu’il a fallu expliquer tout ça en faisant des signes bien entendu. A trois, on fait faire marche arrière avec la moto et on arrive à la sortir. Ils me ramènent chez eux et me prête un tuyau d’eau pour tout nettoyer, moto et moi y compris, ça colle tellement la boue ! Redémarrage du moteur difficile mais il crache un peu d’eau et il repart. Je dois une fière chandelle à mes sauveurs, et je me dis que vraiment c’est bon esprit, enfin jusqu’à ce qu’ils me demandent de les payer… J’avais une autre idée de l’esprit d’entraide, je suis prêt à leur donner un petit quelque chose, mais je n’ai que des très petites coupures (qu’ils ne veulent pas) ou des grosses (que je ne leur montre pas). Je reprends donc la direction de la piscine naturelle par le chemin bis en les laissant un peu tirer la tête. Je pensais avoir eu un contre-exemple de la nonchalance Laotienne, mais finalement pas tant que ça. A quelques mètres de l’arrivée, voici une nouvelle flaque ! Je ne me fais pas avoir je teste d’abord à pied pour trouver un passage, et ça marche. Quand j’arrive, il y a juste un groupe d’adolescentes qui est sur le départ. Elles rigolent bien en me voyant, il faut dire que mes vêtements sont vraiment plein de boue ! Elles s’en vont et je peux profiter de la beauté et de la quiétude du lieu totalement seul ! J’en profite bien pour nager et me rafraichir. Cette piscine naturelle au milieu des arbres s’y prête totalement. Un ponton traverse la piscine, mais un mètre sous l’eau ! Probablement un vestige utilisé à la saison sèche quand le niveau est plus bas. Je dois malheureusement me hâter car il reste pas mal de kilomètre avant l’étape du soir.

La route se fait de moins en moins montagneuse, les pics deviennent plus plats et le paysage est plus fait de collines maintenant. Les buffles pataugent joyeusement dans la boue (eux), les veaux tètent leur mère, les canards traversent sans regarder, bref que de vie le long de cette route ! A l’approche de Thaleg, je découvre un paysage assez mystérieux. Le lac artificiel découlant d’un barrage hydroélectrique en aval a modifié le paysage, et a inondé les forêts. Mais les troncs d’arbres morts subsistent au milieu de l’eau malgré tout. La route serpente au milieu de tout ça, s’est surprenant et intriguant, mais aussi vraiment beau avec le soleil couchant. J’arrive avant la nuit noire à la Sabaidee (bonjour en Lao) guest house, établissement mythique pour ceux qui font cette loop. Effectivement on sent qu’ils ont l’habitude de recevoir. Le lieu est vraiment bien aménagé et sympa. A mon arrivé, on me propose de participer au barbecue à volonté du soir, comment refuser, lui aussi est mythique ! J’en profite allègrement et je partage mon repas et la discussion avec 3 autres français rencontrés autour d’une brochette. Deux d’entre eux font la loop dans le sens inverse (comme moi) pendant leurs vacances, le troisième la fait dans le sens conventionnel, dans le cadre de son tour d’Asie qui dure 7 mois. Petit à petit chacun regagne sa chambre, il y a encore de la  route demain !










Jour 90 – De Vientiane à Kong Lor

Je prends le petit déjeuner de l’hôtel mais je craque quand même pour un croissant à la boulangerie d’à côté. Le matin, tout le gratin s’y presse apparemment. Au moment où je paie, le Vice-ministre au service du président s’installe et papote avec un représentant du ministère de la santé, le tout en français dans le texte (en vrai je ne les ai pas reconnus, je suis arrivé pile au moment des présentations) ! Je pars ensuite à peu près à l’heure que je m’étais fixée après avoir laissé à Vientiane les amis de Mont-de-Marsan. La sortie de la ville est un peu compliquée, le trafic est déjà dense de bon matin. En sortie de ville une portion de 2×2 voies me permet de m’éloigner rapidement de la capitale, puis je rejoins la route principale du sud, qui a sacrément la même tête qu’une départementale chez nous, les panneaux routiers sont assez similaires (sauf l’écriture bien entendu).

Au bout de 2 heures non-stop je m’offre une petite pause, et c’est la que je constate un petit problème, de l’essence coule du réservoir par la valve située en dessous. Lors de la dernière réparation, le mécanicien l’avait un peu endommagée par erreur mais normalement réparée…. ou pas apparemment. Ça ne coule qu’à l’arrêt donc je reprends la route pour trouver un réparateur. Le village d’à côté en a un, mais il me renvoie dans le plus gros village d’après à 5km, qui lui non plus ne peut rien faire et me renvoie à la ville d’après à 54km ! Bon la fuite n’est pas énorme et en attendant j’avance. Je m’offre même le luxe d’un petit arrêt touristique, un énorme bouddha doré trône sur une colline au milieu des rizières, l’image valait bien un stop ! J’arrive donc dans la ville de Paksan, à peu près à mi-parcours du trajet d’aujourd’hui. Je laisse la moto entre les mains des 3 mécaniciens qui acceptent le challenge, et je déjeune sur le stand de rue d’à côté en attendant pour essayer de ne pas perdre de temps. Une soupe de noodle sur des tables sur un trottoir, on ne peut pas faire plus local ! Au bout d’une grosse heure, je peux repartir la moto réparée.

Enfin c’est ce que je crois, je m’arrête 10km après pour faire le plein d’essence et le réservoir se met à couler comme jamais. Le pompiste, dans un élan de générosité essaie de m’aider mais le pauvre n’est pas vraiment très outillé. Il me transvase mon essence dans des bouteilles et je ne garde que le minimum pour rouler jusqu’à la prochaine ville qui est à 24km. Le temps d’y arriver, les sacs que le pompiste a installés sous le réservoir pour contenir la fuite sont pleins et commencent à toucher le moteur chaud, c’est donc un peu en catastrophe que je débarque dans le petit garage de la ville tenu par un couple. Le mari sort de sa sieste et s’affaire à la tâche. Cette fois ci, il n’essaie pas de rafistoler mais change la pièce, avec ce qu’il a par contre. Heureusement que Honda fournit des moteurs pour tout ici ! Je me retrouve avec une pièce de groupe électrogène adaptée sur la moto, et ça marche !

Je reprends la route une bonne fois pour toute, pour essayer de parcourir les 120 kilomètres restant avant la nuit, je fais une croix sur la cascade où je voulais m’arrêter au passage, je n’aurais pas le temps aujourd’hui. Après avoir essuyé un bon orage, j’arrive à l’embranchement pour quitter la route principale et bifurquer vers la région de Khammouane. Là j’oublie bien vite mes déboires de la journée. La route commence par une quarantaine de kilomètres de montagne, et serpente en lacet au milieu de la jungle. Au fur et à mesure que je prends de l’altitude, je sens la température baisser, et je découvre l’étendue de la chaîne de montagne. Je fais un arrêt imprévu (les meilleurs !) au point de vue de Limestone. Le ciel orageux, le soleil couchant et les montagnes à perte de vues font un somptueux tableau ! Un néerlandais qui voyage seul est en place pour admirer aussi, j’aimerais en profiter plus longtemps mais il me reste encore 45 kilomètres à parcourir pour rejoindre Kong Lor.

La dernière portion de route trace au milieu des rizières et des champs de tabac sur le plateau au milieu des montagnes. Je dois me frayer un passage entre les vaches, les chiens, les chèvres et les trous sur la route. Il y a aussi énormément de gens sur cette route bordée de tout son long de petits villages. Il me semble que ce sont les fermiers et ouvriers des champs qui habitent là. Les maisons ne sont pas très riches, elles sont sur pilotis et soit en bois, soit en bambous. Le contraste avec la capitale quittée ce matin est flagrant. Plus j’avance, plus la route se transforme en chemin de terre (plein de trous et de flaques). Les derniers kilomètres deviennent durs à parcourir, le soleil étant déjà bien couché ! Mais j’arrive quand même à bon port, dans l’hôtel de jour. Ici pas de dortoir donc grand luxe j’ai pris une grande chambre pour moi tout seul ! Je déguste un super Yellow curry (plat laotien typique déjà gouté à Vang Vieng) et me couche bien fatigué de cette journée. Je suis au départ de la boucle de Khammouane qui m’amènera à Thakhek dans 2 jours.








Jour 89 – Vientiane

Nous partons tous les 4 en excursion dans la ville ce matin. Nous visitons d’abord le morning market, qui est en fait plus un grand magasin fourre-tout. Puis le Khuadin Market, qui lui est plus local et typique. On retrouve les étals de fruits et légumes pleins de couleurs, mais aussi ceux de poissons qui sont très odorants, et ceux de viande que je délaisse assez vite tellement la vision et l’odeur sont dures à tenir. Par contre on est dans du local ça c’est sûr, il n’y a pas de touristes ici.

On continue la découverte de la ville par un temple adjacent, qui est en fait en fin de construction. Le lieu est juste occupé par des ouvriers qui travaillent, on voit quelques moines passer. A quelques mètres de là se trouve un arc de triomphe, qui aurait comme modèle celui de Paris. Celui-ci a été construit dans les années 60 avec du béton américain à l’origine destiné à la construction de l’aéroport. A chaque étage du bâtiment, les locaux ont trouvé le moyen d’installer des magasins de souvenirs. Au sommet, une vue panoramique imprenable s’offre à nous. Je l’avais déjà ressenti en marchant sur les trottoirs, mais vu d’en haut, Vientiane est une vraie grande ville, avec des boulevards, des avenues et du trafic routier. On est loin de ce que j’ai pu voir depuis mon arrivée au Laos ! Le Mékong et les parcs environnants apportent un peu de nature et de verdure mais c’est à peu près tout.

Après le déjeuner, je vais faire un tour pour découvrir le parc et les berges du fleuve. Il y a pas mal de travaux, il me semble qu’un aménagement d’une zone en dur pour installer le night market est en cours. De l’autre côté du fleuve c’est la Thaïlande, on est vraiment très près ! Sur les rives il y a aussi une fête foraine avec grand huit et auto-tamponneuse en train de s’installer. Les forains travaillent en plein soleil pour assembler les attractions, sous l’œil de la statue de Chao Anouvong (le dernier roi de Vieng Chang). Le soleil est vraiment dur à tenir, ce sera donc une bonne pause à l’hôtel avant de continuer la visite de la ville.

Après une petite sieste, je vais faire un tour d’horizon des temples du centre-ville. La majorité se trouve autour de l’hôtel, c’est parfait ! Les lieux sont vraiment paisibles, et propices au repos. Un des temples est dans la même zone qu’une école, et je peux entre-apercevoir les écoliers affairés derrière leur table. Cela me permet aussi d’avoir une vision différente de la ville, je découvre les petites rues, plein de restaurant locaux, et l’architecture héritée du colonialisme du 20ème siècle. Un peu plus loin, un stupa semble venir d’un temps très ancien de la ville. Il est en brique et envahi de végétation, il me rappelle fortement ceux vus à Bagan au Myanmar. Pour finir ce tour, je souhaite visiter le musée du Wat Sisaket, mais j’arrive trop tard et je trouve porte close ! Je me contente de visiter les alentours avant de retourner à l’auberge.

Là, je prends la moto pour accompagner Max dans un supermarché excentré de la ville où il souhaite faire quelques achats de souvenirs. Je retrouve l’autre côté de la ville, les grands boulevards, le trafic très très dense, c’est assez compliqué de parcourir le peu de kilomètres qui nous séparent du magasin. Une fois là-bas, j’ai l’impression d’arriver dans un supermarché bio parisien, tout est ultra clean, une petite ambiance musicale (du classique s’il vous plait) est diffusée, on est complètement en décalage avec l’ambiance extérieure ! Pourtant, le personnel ne parle (quasiment) pas anglais, et aucun touriste n’est là. C’est probablement un magasin où la classe Laotienne un peu plus aisée fait ses emplettes. Nous finissons la journée par un dîner dans LE restaurant laotien de la ville (enfin selon le lonely planet !). Je vais tenter de bien me reposer pour avaler la longue route de demain dans de bonnes conditions.